Par Raphaël Richard
Pour la plupart des sites d'ecommerce, l'analyse et l'optimisation du taux de
transformation relèvent du défi. Cela prend bien une à deux années pour qu'un
gestionnaire de site ordinaire (qui, rappelons-le ne génère que 100 000€ de CA
par an dans 80 % des cas), parvienne à bien comprendre les chiffres qui se
cachent derrière ces néologismes.
Et pourtant, le concept de taux de transformation n'est qu'un amuse gueule :
en effet, le chiffre auquel on fait référence et sur lequel se fondent la
plupart des analayses correspond à la transformation « dernière touche » ou au
« dernier clic ». Autrement dit, la plupart des outils de web analytics
attribuent la vente au canal par lequel le client est passé lorsqu'il a réalisé
son achat, mais pas au canal par lequel, il a découvert quelques semaines ou
mois plus tôt. C'est particulièrement génant dans certains cas : un prospect
cherche une idée de cadeau fin octobre pour les fêtes de fin d'années, il opte
pour une bouteille de champagne. Le 15 novembre, il tape champagne dans Google
Shopping et tombe sur Barpremium.com. Le 17 novembre, il consulte ensuite des
sites spécialisés et puis se décide une caisse de champagne grand cru vendu en
promotion sur le site Barpremium après avoir tapé « Champagne
BarPremium » dans Google. Le 28 novembre, il clique sur le signet Barpremium
qu'il avait mémorisé dans son navigateur Firefox puis achète. L'outil de web
analytics pense que ce sont les accès directs qui ont généré l'achat alors qu'en
réalité, c'est Google shopping qui a permis de découvrir le site Barpremium.
En analyse classique du taux de transformation, le gestionnaire du site fait
une erreur d'analyse. S'il dispose d'un outil d'analyse dernière touche ou
multitouch qui permet de détecter l'historique des visites successives réalisées
par l'internaute avant que finalement, il n'achète, son analyse est complète et
surtout non biaisée car il sait quel canal a généré le premier contact ou la
première touche.
Le cas des sites à cycle de transformation long est encore pire: le 12
janvier 2017, un client recherche tombe sur MGM, en tapant
chalet de montagne dans Google. Il
découvre le site du constructeur, en parle à sa femme le 14 janvier, pour la
sonder sur ce qu'elle pense de ce type de construction, réfléchit, réalise le 28
janvier son enquête sur les mécanismes de défiscalisation sur le site lui-même
et sur d'autres sites, neutres. Il compare les programmes
du promoteur immobilier
le 20 février, par aux sports d'hiver le 5 mars dans à Tignes où le promoteur
immobilier a réalisé un programme, pour valider la qualité des prestations (il
s'est d'ailleurs, connecté sur le site, une fois sur place car il n'est pas
parvenu à localiser le châlet dans la station), il adresse enfin un
formulaire de demande d'information sur le site le week end de Pâques, le 16
avril et achètera peut-être au moins de juin.
Certains analystes estiment que 100 % de la vente doit être attribuée à
Google Shopping sans qui le contact ne se serait jamais fait. D'autres optent
pour d'autres
modèles
d'attribution et attribue par exemple 50 % de la vente à Google Shopping,
25 % au référencement naturel et 25 % à l'accès direct. La définition des règles
d'attribution du poids de la vente s'appelle « modèle d'attribution ».
Les web analystes les plus pointus même définissent souvent leur propre
modèle d'attribution, mais continuent de mener, en parallèle, des analyses
« première touche », « dernière touche »